| |
Dans ce récent ouvrage, Lüsebrink mène une réflexion approfondie sur les
origines de la littérature africaine francophone. En interrogeant l’histoire
de la littérature francophone de 1900 à 1960 l’auteur parvient effectivement
à reconstruire une nouvelle genèse de la littérature africaine à partir de la
presse écrite, unique outil d’antan pour les écrivains pionniers africains.
L’originalité de l’ouvrage se situe synchroniquement dans le fait de montrer
non seulement le goût de la production littéraire africaine suscité très tôt à
l’Ecole William Ponty, mais aussi de retracer le profil littéraire de certains
écrivains depuis la toute première école coloniale jusqu’à leur engagement
décisif tant dans la littérature que dans la politique. Diachroniquement,
l’auteur s’est efforcé de retrouver, de distinguer, de résumer et de classer
à partir de la presse les dossiers de ces écrivains et intellectuels africains
selon leur origine géographique et leurs nationalités (Bénin, Burkina Faso,
Côte-d’ivoire, Mali, Sénégal etc.). La structure de l’ouvrage nous permet de
mieux le cerner.
Le livre, préfacé par Bernard Mouralis, comprend trois grandes parties,
à savoir les enjeux, les prises de paroles et les débats. La première partie
s’articule autour de trois chapitres explorant les journaux et les revues de
l’époque coloniale qui permirent aux premiers écrivains africains comme
Léopold Sédar Senghor, Bernard Dadié, Paul Hazoumé, etc. de s’exprimer.
Cet outil colonial de communication qu’est la presse joua un rôle capital
aussi bien sur le plan littéraire que politique, car il permit entre autre aux
écrivains de s’affirmer davantage. Ainsi, presque toute la littérature orale
africaine transcrite fut d’abord publiée par la presse coloniale. L’auteur
précise qu’entre 1913 et 1935 la seule revue Bulletin de l’enseignement
de l’A.O.F. publia, par exemple, 111 textes issus de la littérature orale
africaine. La défense des valeurs africaines ne s’est pas seulement faite par
les littéraires par le biais de la presse coloniale, mais aussi par la contribution
non négligeable des illustres historiens et ethnologues.
Dans la deuxième partie qui comporte quatre chapitres, Lüsebrink se penche
essentiellement sur les prises de paroles autobiographiques. L’auteur met en
lumière l’émergence de la littérature africaine parue dans la presse coloniale
française sous forme de récits, de journaux de voyage, de « professions
de foi » et de poèmes autobiographiques. L’auteur montre que l’écriture
autobiographique fut le point de départ de la littérature africaine francophone.
Ces récits autobiographiques furent suscités par le pouvoir colonial dans le
but de vouloir mieux connaître les populations indigènes, c’est-à-dire leur
culture et leur psychologie, et de mieux les gouverner. Décryptant davantage
les archives, Lüsebrink découvre, citations à l’appui, que la connaissance de
« l’âme nègre », était tout un programme étoffé et organisé par le pouvoir
colonial en A.O.F. et particulièrement par le sénateur Lucien Cornet. Ainsi
furent menées des enquêtes psychologiques et ethnographiques, et des
campagnes de recueillements de témoignages autobiographiques furent
lancées dans le but d’en savoir davantage sur l’âme nègre. A cet effet des
récompenses de 3 000 francs furent également proposés aux meilleurs textes.
La question était si importante que les contenus des rédactions scolaires
devraient être orientés vers des récits autobiographiques. C’est ainsi que
Mariama Bâ dont la rédaction scolaire autobiographique fut publiée s’est
distinguée dès l’âge de 18 ans par sa prestation scripturale. Lüsebrink clôt ce
chapitre en rappelant le rôle de la littérature dans la colonisation, qui, selon
Abdoulaye Sadji, « était de mieux faire connaître au peuple colonisateur le
peuple colonisé sous l’angle de l’universelle humanité » (Sadji 1949: 13 9-
141). Respectivement aux chapitres 5, 6 et 7 de cette deuxième partie de
l’ouvrage l’auteur se consacre à une biographie détaillée sur Abdoulaye
Sadji, Fily Dabo Sissoko et Fodéba Kéita.
Dans la dernière partie de l’ouvrage comptant cinq chapitres et intitulée «
Débats », l’auteur oriente les prises de parole sur les expositions coloniales,
organisées en Europe en général et en France en particulier dans le but non
seulement d’exhiber sa richesse coloniale, mais aussi pour manifester au
monde sa propre grandeur nationale en tant que « Plus Grande France ».
Ainsi l’on peut agréablement lire dans l’ouvrage des exemples de prises de
parole de certains chefs locaux africains exaltant la tenue des expositions
coloniales. Mais l’auteur ne s’arrête pas à cette glorification de la « Plus
Grande France ». Il met également en évidence des contre-discours sur
les expositions coloniales tenus par les écrivains et certains intellectuels
africains comme Amadou Lamine Diallo et Fily Dabo Sissoko qui s’y
opposèrent radicalement. Aux chapitres 9, 10 et 11 de l’ouvrage, l’auteur
évoque les débats sur le métissage culturel qui fut le cheval de bataille du
pouvoir colonial tant sur le plan politique, idéologique que pédagogique.
Les écrivains et les intellectuels africains s’opposèrent également à ce «
Front Eurafricain ». Lüsebrink fait du dernier chapitre une conclusion
reprenant les grandes lignes de sa réflexion en insistant sur les trois illustres
écrivains et intellectuels de l’histoire africaine coloniale à savoir Fodéba
Kéita, Abdoulaye Sadji et Fily Dabo Sissoko.
En somme, l’ouvrage de Lüsebrink, de par son contenu imposant,
impressionnant et convainquant, marque effectivement « un moment
nouveau » dans le domaine de la littérature africaine, selon les termes de
son préfacier Mouralis. Nous déplorons cependant que l’auteur n’ait pas
évoqué les prises de parole des écrivains, des artistes et des intellectuels
africains lors des congrès internationaux tenus respectivement à Paris en
1956 et à Rome en 1959 sur les fonctions de la littérature et la mise en
cause du fondement de la littérature africaine, qui, des années durant, firent
couler beaucoup d’encre (cf. Présence Africaine N°24-25). L’on pouvait
s’attendre à ce que l’auteur l’évoque à la fin du chapitre 2 de la deuxième
partie pour étayer et compléter la réflexion sur le rôle de la littérature dans
la colonisation esquissée par Abdoulaye Sadji à la page 12 de l’ouvrage.
Il aurait dû alors en résulter des interrogations sur les concepts de la
littérature et l’esthétique littéraire africaine sur lesquels l’auteur pouvait se
prononcer.
Hormis ces quelques faiblesses, la lecture de La conquête de l’espace public est vivement recommandée pour mieux décrypter et explorer l’étude de la littérature africaine, de son enseignement et de son histoire.
Hans-Jürgen Krumm (Hg.). Sprachenvielfalt. Babylonische
Sprachverwirrung oder Mehrsprachigkeit als Chance?
Studienverlag, Innsbruck/Wien u. a. 2003. ISBN 3-7065-1787-6,
201 Seiten, EUR 24,-.
Salifou Traoré (Bamako/Bangkok)
In einer sich globalisierenden Welt, in der Menschen unterschiedlicher
Sprach- und Kulturgemeinschaften aufeinander treffen, erweist sich
der Umgang mit mehreren Sprachen als lebenswichtig. In diesem
Zusammenhang versammelt der vorliegende Band Beiträge der zum
„Europäischen Jahr der Sprachen 2001“ durchgeführten Ringvorlesung
der Geistes- und Kulturwissenschaftlichen Fakultät der Universität Wien
unter dem Titel „Vielsprachiges Europa – babylonische Sprachverwirrung
oder Mehrsprachigkeit als Chance?“
In seiner Einführung kündigt H.-J. Krumm das Erkenntnisinteresse des
Bandes an:
Im Zentrum des vorliegenden Bandes steht der Blick auf diejenigen
Sprachenlandschaften, die in Geschichte und Gegenwart durch
Mehrsprachigkeit charakterisiert sind und für die Entwicklung der
heutigen europäischen Mehrsprachigkeit prägnante positive wie
negative Beispiele liefern: das Europa des Hochmittelalters, Afrika, der
südslawische und der Ostseeraum, der niederländische Sprachraum und
Frankreich (14f.).
Anschließend erstellt der Aufsatz von A. Mettinger in Zusammenarbeit
mit S. Dollinger, B. Soukup und K. Kordon „Sprachen an der Universität
Wien: Perspektiven, Möglichkeiten, Wünsche“ eine Bestandsaufnahme
der gegenwärtigen Situation der Sprachen in Lehre und Forschung der
Universität Wien. R. de Cillia diskutiert in seinem Aufsatz „Tendenzen
und Prinzipien europäischer Sprachenpolitik“ die Bedeutung einer
pluralistischen Sprachenpolitik in Europa. Dabei plädiert er u. a. für
ein verstärktes Angebot an Fremdsprachen über die Schulen hinaus
auch an Universitäten, in tertiären Bildungseinrichtungen sowie bei
berufstätigen Erwachsenen. V. Krausneker und H. Jarmer analysieren
die Situation der „Gebärdensprachenpolitik in Europa“. Im Mittelpunkt
stehen Österreich, die Niederlande, Belgien, Schweden und Frankreich.
Der Beitrag von R. R. Schjerve „Europäische Sprachenpolitik und
Minderheiten“ informiert über die europäischen Minderheitensprachen
und deren Förderungsmaßnahmen. Hier erweist sich die 1992 vom
Europarat verabschiedete Europäische Charta der Regional- und
Minderheitensprachen als das Rahmenübereinkommen zum Schutz
nationaler Minderheiten. Am Ende befürwortet die Vfn. ein politisches
Konzept von Mehrsprachigkeit, „in dem die Sprecher der Klein- und
Kleinstsprachen ihr Recht auf Sprache geltend machen können, ohne
– wie in der Vergangenheit – aufgrund ihrer Sprache weiterhin sozial
diskriminiert und zur Minderheit degradiert zu werden“ (59). Der Artikel
von H. Reichert „Sprachvielfalt, kultureller und literarischer Kontakt im
Europa des Hochmittelalters: abschreckendes Beispiel oder Vorbild für
die Gegenwart?“ blickt auf die Vielsprachigkeit im Europa des Mittelalters
zurück und zieht das Fazit: „Ein Werk in Übersetzung lesen heißt also, ein
anderes Werk lesen. Aber wir können, wenn wir mehrsprachig sind, beide
Texte lesen und die Fragen und Antworten vergleichen, die sie bieten,
den einen Sinn und den anderen. Das ist unsere Chance“ (79). N. Cyffers
Aufsatz „Afrikas Sprachenreichtum oder ‚Liegt Babylon in Afrika‘?“
befasst sich mit der sprachlichen Vielfalt in Afrika. Im Gegensatz zur weit
verbreiteten Meinung stellt der Vf. fest:
Wenn man die Chancen und Probleme Afrikas verstehen will, muss
man sich auch mit dem Reichtum seiner Kulturen auseinandersetzen.
Die Vielzahl der Kulturen wird allzu oft und leichtfertig als lästiges
Übel oder Konfliktpotential für das Entstehen von zwischenethnischen
Spannungen, Hindernissen bei der Schaffung der nationalen Einheit
oder Hemmnissen bei der Bildungsplanung betrachtet. Dagegen wird
häufig übersehen, dass der Respekt vor den eigenen Kulturen das
Selbstwertgefühl steigert, was wesentlich zur Beseitigung von ethnischen
Konflikten und zum inneren Frieden beitragen kann (87).
Hier werden die sprachenpolitischen Entscheidungsträger Afrikas
aufgefordert zu handeln. G. Neweklowsky beschäftigt sich mit den
Südslawischen Sprachen (Slowenisch, Bosnisch, Kroatisch, Serbisch,
Makedonisch und Bulgarisch), I. Sooman mit den Sprachen im
erweiterten Ostseeraum (Finnisch und Schwedisch u. a.), C. Kaper mit
dem Niederländischen als plurizentrischer Sprache, P. Cichon mit der
Sprachpolitik im heutigen Frankreich, G. Fischer mit dem Tschechischen.
Der Beitrag von R. Trappl „Chinesich im Europa des 21. Jahrhunderts:
zwischen Exotismus und Selbstverständlichkeit“ behandelt im Hinblick
auf die Globalisierung die wachsende Bedeutung des Chinesischen
in Europa. Der Artikel von H.-J. Krumm „Deutsch im Konzert der
Sprachen. Die Rolle der deutschen Sprache in Konzepten europäischer
Mehrsprachigkeit“ analysiert die Bedeutung des Deutschen in der
europäischen Sprachenvielfalt. Dabei stellt der Vf. Überlegungen an, wie
Deutsch als Fremdsprache in dieser vielfältigen Sprachenlandschaft optimal
gefördert werden kann. Der abschließende Aufsatz von H. Schendl, B.
Seidlhofer und H. G. Widdowson „Weltsprache Englisch – Bedrohung
oder Chance?“ befasst sich mit dem Englischen als internationaler
Verkehrssprache.
Zusammenfassend kann angemerkt werden: Der Band diskutiert die
europäische Sprachenvielfalt unter vielen Aspekten. Allen Beiträgen ist
gemeinsam, dass sie alle der Mehrsprachigkeit das Wort reden. Dies ist vor
allem wichtig, um Verstehen, Verständigung und Verständnis zwischen
Menschen unterschiedlicher Sprach- und Kulturgemeinschaften zu
ermöglichen. Darin äußert sich ein Vorzug des Bandes.
Kirsten Adamzik. Textlinguistik. Eine einführende Darstellung. Max
Niemeyer Verlag, Tübingen 2004. ISBN 3-484-25140-9, 176 Seiten,
EUR 14,50. (Germanistische Arbeitshefte)
Salifou Traoré (Bamako/Bangkok)
Nach den in den letzten Jahren mannigfaltig abgefassten Einführungen
in die Textlinguistik drängt sich die Frage auf, inwiefern sich die
vorliegende von den anderen unterscheidet. Die Antwort der Vfn.
lautet: „Die zahlreichen Einführungen belegen das große Interesse am
Gegenstand, aber auch die darin immer wieder zum Ausdruck gebrachte
Unübersichtlichkeit des Forschungsfeldes, in dem eine große Anzahl von
Analyseansätzen entwickelt wurde, die teilweise etwas verbindungslos
nebeneinander stehen, mitunter auch nahezu inkompatiblen theoretischmethodischen
Grundansätzen verpflichtet sind und bei denen der Bezug
zu Fragestellungen und Interessen, die sich beim Studium der Germanistik
ergeben, nicht immer hinreichend deutlich wird“ (VII). Dem ist zugleich
die Zielgruppe des Bandes, nämlich die Studierenden der Germanistik, zu
entnehmen.
Das Arbeitsheft besteht außer aus einem Literaturverzeichnis, einem
Namen- und Sachregister aus sieben Kapiteln. Die Kap. 3 bis 7 schließen
jeweils mit Aufgaben ab.
In Kap. 1 („Der Text als Forschungsgegenstand – Aus der Geschichte
der Textlinguistik“) wird auf die Herausbildung der Textlinguistik als
Disziplin zurückgeblickt. In Kap. 2 („Zum Textbegriff“) setzt sich die
Vfn. mit dem Textbegriff auseinander. Anschließend werden in Kap.
3 („Texteigenschaften als Beschreibungsdimensionen“) Dimensionen
derBeschreibung von Texten analysiert. Die Analyse schließt mit einem
Raster zur Beschreibung von Texten ab: Thema/Inhalt, dem situativen
Kontext, Funktion und sprachlicher Gestalt, die in den folgenden Kapiteln
4 („Situativer Kontext“), 5 („Funktion“), 6 („Thema“) und 7 („Sprachliche
Gestalt“) detailliert beschrieben werden.
Der Band ist übersichtlich aufgebaut und verständlich geschrieben. Die
früheren Einführungen werden, wie im Vorwort angekündigt, aufeinander
bezogen diskutiert. An den Aufgaben am Ende von Kap. 3 – 7 kann
man überprüfen, inwieweit man das Gelesene verstanden hat. Allerdings
werden kulturspezifische Aspekte von Texten kaum behandelt. Dies war
aber auch nicht das Ziel der Vfn., da sie die Kulturgeprägtheit von Texten
und Textsorten als einen Untersuchungsbereich für sich betrachtet (80).
Insgesamt ist das Arbeitsheft der anvisierten Leserschaft in jeder Hinsicht
sehr zu empfehlen.
|